Simplement parce que j’aime, parce que chaque page me touche.

“Oeuvres” est un recueil de témoignages de guerre(s) de femmes. Svetlana Alexievitch a le don de sortir le sublime, le poètique de ces témoignages.

Avec “Oeuvres”, nous avons, pour changer, un regard de femmes sur ce qui est d’ordinaire un monde raconté par des hommes.

Un extrait de son introduction,

“Sans doute serait-il impossible de compter combien de livres dans le monde ont été écrits sur la guerre. J’ai recemment lu quelque part que la terre a déjà connu plus de trois mille guerres. Or les livres qui en parlent sont encore plus nombreux… Tout ce que nous savons, cependant, de la guerre, nous a été conté par des hommes. Nous sommes prisonniers d’images “masculins” et de sensations “masculines” de la guerre. Des mots “masculins”. Les femmes se réfugient toujours dans le silence, et si d’aventure elles se décident à parler, elles racontent non pas leur guerre, mais celle des autres. Elles adoptent un langage qui n’est pas le leur. Se conforment à l’immuable modèle masculin. Et ce n’est que dans l’intimité de leur maison ou bien entourées d’anciennes camarades du front, qu’après avoir essuyé quelques larmes elle évoquent devant vous une guerre (j’en ai entendu plusieurs récits au cours de mes expéditions journalistiques) à vous faire défaillir le coeur. Votre âme devient silencieuse et attentive: il ne s’agit  plus d’événements lointains et passés, mais d’une science et d’une compréhension de l’être humain dont on a toujours besoin. Même au jardin d’Eden. Parce que l’esprit humain n’est ni si fort ni si protégé, il a sans cesse besoin qu’on le soutienne. Qu’on lui cherche quelque part de la force. Les récits de femmes ne contiennent rien  ou presque rien de ce dont nous entendons parler sans fin et que sans doute, d’ailleurs, nous n’entendons plus, qui échappe désormais à notre attention, à savoir comment certaines gens en ont tué héroïquement d’autres et ont vaincu. Ou bien ont perdu. Les récits de femmes sont d’une autre nature et traitent d’un autre sujet. La guerre “féminine” possède ses propres couleurs, ses propres odeurs, son propre éclairage et son propre espace de sentiments. Ses propres mots enfin. On n’y trouve ni héros ni exploits incroyables, mais simplement des individus absorbés par une inhumaine besogne humaine. Et ils (les humains!) n’y sont pas les seuls à en souffrir: souffrent avec eux la terre, les oiseaux, les arbres. La nature entière. Laquelle souffre sans dire mot, ce qui est encore plus terrible…”

“Oeuvres”, Lhomme est plus grand que la guerre, Svetlana Alexievitch (pg 21)

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Nunzio Paci

Svetlana Alexievitch a eu le prix nobel de littérature en 2015. Une récompense pour “ses écrits polyphoniques, hommages à la souffrance et au courage de notre temps”. (source)

Ses écrits sont également une mise en garde contre les idées, régimes ou tentatives totalitaires. Une mise en garde qui reste d’actualité dans un monde où les réponses violentes deviennent de nouveau à la mode.

Je recopierai parfois (peut-être) un extrait sur ce blog, mais je conseille vivement d’acheter les ouvrages de cette écrivaine.

“J’ai toujours été curieuse de savoir combien il y avait d’humain en l’homme, en comment l’homme pouvait défendre cette humanité en lui” S.A.

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